MON UTMB 2013 – LE RÉCIT

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Il y a tout à Chamonix, le cadre, l’ambiance, l’alchimie, le rêve. Au-delà du fait que l’utmb soit une des courses les plus dures au monde, l’utmb est surtout une formidable rencontre humaine. Une ambiance indescriptible, un peu comme le tour de France. En plus cette année, le beau temps est avec nous. Apparemment pas de pluie, ni de brouillard. Nous allons en prendre plein la vue.

Le mercredi soir

Petit footing pour repérer le parcours de la TDS ce qui nous permet de pouvoir voir passer les 3 premiers vers 22h00. Nous sommes au bord d’un chemin, nuit noire et pourtant 20 personnes sont là pour encourager les coureurs et certainement plusieurs resteront toute la nuit. Quant à nous, nous rentrons car il faut prendre des forces.

Le jeudi

C’est le dossard et balade dans Chamonix. Vers midi, arrive Francky qui finit la TDS. Bravo à lui ! Le jour J arrive, les nuits sont longues car j’ai la pétoche face à ce qui m’attend. Mais de toute façon comme je ne suis pas un gros dormeur, cela ne change pas beaucoup.

Le vendredi

Attente sur la ligne de départ

Pauline et Carole nous laissent tranquilles pour finir la préparation, c’est la glandouille avant un repas avec pasta et quelques morceaux du cake magique de Carole.

Vers midi arrivent Philippe et Barbara avec leurs filles qui profitent de l’occasion pour venir à Chamonix. Je suis vraiment touché par leur présence, tout comme par tous les gestes de soutien (tél., SMS) de ma famille et de mes proches. Cela fait vraiment partie aussi de la réussite …..ce fameux mental.

On est dans la dernière ligne droite, on prend un ultime café. Je ne tiens plus en place, il faut aller sur la ligne de départ. On s’assoie par terre pour ne pas trop laisser des forces. La carte postale est magique. Devant, l’arche du départ et sur la gauche, le Mont Blanc qui nous domine, avec le soleil en prime.

Plus que 15 minutes, le show commence. Je n’en peux plus. Il faut lâcher les fauves….. et c’est parti pour 168km et 9600 m de dénivelé.

Le départ

L’ambiance est incroyable, impossible de courir pendant au moins 500 m puis on passe devant notre fan team et on prend enfin notre rythme. Les 8 premiers kilomètres étirent les 2400 coureurs avant de commencer la première grimpette après les Houches. David se souvient qu’il avait pris des bonbons haribo il y a 2 ans. Bingo ! La femme est toujours là, avec un saladier, et j’ai droit cette année à un crocodile.

Le rythme est bon mais enfin on n’en sait rien car pas de chrono avant 2 heures de course. Au sommet, avant de basculer sur St Gervais, je plie les bâtons et essaie de les ranger comme à l’entraînement, sans s’arrêter. C’est plus compliqué que prévu. Je perds 100 m sur David qu’il faut rattraper. En plus un des bâtons tombe et quand je le ramasse la GoPro tombe aussi…..Ricou le branquignole.

Je règle le problème en gardant les bâtons à la main. Le départ est complètement différent par rapport à 2011, il fait jour et beau donc pas de boues dans les descentes ce qui facilite l’avancée.

On arrive à St Gervais 20 minutes plus tôt et aux Contamines avec 30 mn d’avance. La traversée de ces 2 stations sont grisantes : du monde, des cloches, du bruit et en plus le Fan Team aux Contamines. Nous faisons une halte pour se changer en prévision de la nuit.

C’est parti pour une première nuit

La Balme puis la Croix Bonhomme. Tout se passe bien. On arrive aux Chapieux, comme il y a 2 ans ensemble et avec environ une heure d’avance. Dans la vallée qui nous mène au pied de la Seigne, je ralentis un peu mais moins qu’il y a 2 ans et garde David en vue.

Chacun fait sa course mais clairement à 2, nous sommes plus forts. On passe le sommet et dans la descente, la course bascule pour moi et je dois gérer un problème à l’estomac. Je me vide …la misère. Je ne suis qu’au 60ième kilomètre.

Au Lac Combal, je rentre dans la tente des pompiers qui me proposent de me reposer mais sans rien prendre. Plus rien ne passe et impossible de mettre quelque chose à la bouche, j’arrive à peine à mettre un peu de gel sous la langue. Le stress monte rapidement et je ne pense qu’à une chose : comment m’en sortir ?

Je décide de ne pas trop rester au ravito car cela ne sert à rien. Je passe le Mont Favre comme je peux et attaque la longue descente jusqu’à Courmayeur.

Courmayeur 7h du matin, H+14h34 de course

J’arrive à Courmayeur où Tigrou est prêt à repartir. Je change de chaussure et chaussette et je vais chercher un thé et il me vient l’idée de diluer mon gel dans le thé comme une cuillère de miel. Bon on verra, ça passe tout doucement. Avant de repartir, je repasse au secours mais même discours, rien à faire. La montée de Bertone se passe assez bien. A ce stade, assez bien, signifie ne plus trop me faire doubler.

Puis on attaque la partie allant de Bertone à Arnuva où j’aurais tellement aimé courir et bien c’est encore raté pour cette fois. Puis arrive le grand col Ferret, la pire montée de toute ma vie et pourtant c’est beau magnifique et même magique mais j’en profite à peine et bien sûr, le monde entier me double….grrrrrrrr.

Ouf ! le sommet est vécu comme une libération.

Une personne des secours vient vers moi et me demande si ça va. Suite à la description de ma galère, elle me propose de me donner un vogalène pour m’enlever le mal au cœur et surtout de m’arrêter 20 minutes en m’allongeant. Je suis ses conseils et j’attaque la descente après une courte pause. Je n’arrive plus à courir même en descente mais j’ai un rythme de marche que je trouve assez rapide et qui va devenir mon rythme jusqu’à l’arrivée. Pour moi dans la tête passer le grand col Ferret, correspond à mettre un pied vers l’arrivée et après 9 km, j’arrive à la Fouly.

Quel contraste entre cette année et 2011, où il n’y a presque personne au ravito par rapport à l’arrêt en pleine nuit où 500 personnes avaient abandonné.

Ça va mieux et j’oublie de boire modérément et doucement. Banco à peine sorti de la tente, je laisse un petit souvenir dans un jardin…………. Mais comme je commence à être habitué, le moral reste positif. Il fait beau et je sais qu’au prochain ravito de Champex, je vais retrouver Pauline et Carole donc en avant.

Cette vallée est splendide notamment le passage à Praz de Fort, c’est la Suisse tranquille. Dans la descente, je m’aperçois qu’en marchant avec beaucoup d’amplitude, je vais aussi vite que certains qui courent et de plus même ceux qui me doublent ne tiennent pas le rythme longtemps. Je les rattrape sur la fin.

Ce rythme de descente est vraiment quelque chose qu’il faut que je perfectionne car il est beaucoup moins fatiguant que de courir et pratiquement aussi efficace.

Champex 17h40, H+25h10 de course

Champex, …..yes Carole m’aperçoit dans un virage au-dessus et m’encourage, je passe devant mon fan team. Pauline fait sonner sa petite cloche et en plus il y a aussi Agathe et Carole qui ont fait une surprise à David.

C’est Fabienne et Nathalie qui sont allées les chercher et qui seront présentes toute la nuit. C’est chouette de les voir elles aussi. Je rentre dans le ravito où j’avais dormi en 2011 mais là, il fait jour et il faut avancer. Je ressors de la tente avec mon verre de thé bien sûr, une compote et 2 morceaux de banane. J’arrive à manger la moitié de la compote et un morceau de banane, quel luxe. !

Toute la petite équipe est autour de moi et me trouve plutôt en forme. Je repars au bout de 20 minutes en longeant le lac et en me projetant sur le reste du parcours qui est une succession de grosses montées suivies de plateaux puis de descentes de plus en plus raide et bien sûr à faire 3 fois (Bovine, Catone et la Tête au Vent).

Bovine, préparation de la seconde nuit 

Et bien ça calme ! J’avance tout doucement mais j’avance et c’est toute la différence notamment avec le grand col Ferret où tous les 5 mètres, je marquais une pause.

Au sommet pause technique pour sortir la frontale et une couche chaude car le froid arrive. Sur le plateau, il y a un troupeau de vaches et de taureaux avec la grosse cloche, un taureau est juste sur le passage, j’ai envie de lui toucher la cloche mais bon ce n’est pas le moment.

Je n’arrête pas de doubler, c’est con car cela ne change rien, mais pour le moral c’est le top. J’arrive au col de la Forclaz juste avant de descendre sur Triend et mon fan team est encore sur le pont. Carole me reconnait de loin avec la frontale et Pauline toujours présente avec sa petite cloche. C’est génial. !

Elle me dit que Barbara et Philippe m’attendent à Vallorcine et que tout le monde sera à l’arrivée. Au moins là, même si tu as envie d’abandonner ce qui n’est pas du tout le cas, et bien, impossible tu vas jusqu’au bout ! A Trient, il fait nuit noire et les yeux se ferment. Je reste un peu trop à mon goût au ravito mais c’est dur de repartir.

Dans la montée qui suit, je rattrape 2 coureurs qui font l’UTMB ensemble et ils avancent moins vite que moi mais je décide de rester derrière eux pour pouvoir parler un peu et mieux lutter contre le sommeil. On commence à voir des coureurs assis sur des cailloux qui dorment car à un moment tu n’arrives plus à lutter !

Dans la descente, je reprends mon rythme et grignote encore quelques places. La fin de la descente est horrible et ma cheville se rappelle à moi pour la première fois depuis le départ. 50 mètres plus bas, je glisse et tombe sur les fesses !

Vallorcine minuit et demi, H+32H19 de course

Heureusement, on arrive à Vallorcine ! Barbara et Philippe sont déchaînés ! Il est quand même 00h30, dimanche. Philippe rentre avec moi dans le ravito, je prends simplement un thé et dilue 2 gels dedans puis je décide de repartir au bout de 5 minutes. Ce sera le 2ème enseignement de cette édition, si au ravito tu as la forme, ne reste pas, avance et inversement laisse passer du temps si tu as besoin de récupérer.

Philippe reste avec moi sur la partie de plat avant la dernière montée, j’avance bien et il me propose même de faire la montée avec moi. Mais je refuse.

On se sépare et commence le cadeau final, une montée rando type alpinisme. Une succession de gros cailloux, où tu n’es jamais véritablement en équilibre.

Tu ne sais pas si c’est la fatigue, l’altitude, le relief ……bref la misère. Je parviens à garder un rythme très régulier qui me permet de rattraper pas mal de coureurs. Le dernier plateau avant la descente n’en finit plus. J’aperçois un coureur entre 2 gros cailloux qui dort comme un bébé.

Dernier pointage et ravito où je prends un dernier gel. Maintenant il n’est plus question de se reposer et plus vite on rentre, plus vite on va se coucher. On m’annonce à 5h38 du matin mais je sais que je peux arriver un peu plus tôt. On aperçoit les lumières de Chamonix mais «putain» que c’est loin !

Je reste concentré car une cheville en vrac et même à 5 kilomètres de l’arrivée tout peut basculer.

On retrouve un chemin plus large à environ 3 kilomètres de l’arrivée et un coureur a l’air perdu. Mon compagnon de descente lui pose une question en anglais. L’autre lui répond : « mais c’est où Chamonix !!!!! ». Il ne sait plus quelle est la bonne direction, il est carbo complet et passera la ligne d’arrivée au moins 10 minutes après moi.

L'arrivée à Chamonix 5h20 du matin, H+36h53

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Bon ! le meilleur arrive et oui c’est fini les 168 km avec 9600 m de D+. Maintenant je réalise enfin et les émotions sont décuplées. Je recommence à courir et plutôt bien. Je suis au taquet, il y a quelques personnes le long du parcours mais c’est incomparable à 2011 où l’arrivée s’était passée à 17h un dimanche. Il n’est encore que 5h20 du matin !

Je sais qu’au bout de la ligne droite, il y a la famille qui m’attend et c’est le principal. Pauline est là, en pleine forme, un grand sourire et ce n’est que du bonheur de finir en courant avec elle.

Yesssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss !!! Double Finisher de l’UTMB ! Une des courses les plus dures du monde ! Ça commence à parler et ça fait du bien.

Une édition 2013 carte postale, on finit tous les 2 avec David. La famille était au RDV et les amis aussi Philippe, Barbara, Amélie et Abygaelle. Ça fait près de trois semaines que c’est fini et j’ai déjà envie de me réinscrire, c’est un truc de fou !

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